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Déviances et retours aux sources Version imprimable
Dès le commencement de l’Eglise, les hommes ont eu la volonté de «codifier» ce que leur avaient enseigné les apôtres et les premiers disciples. Pour cela, ils ont instauré des structures sur le modèle des institutions terrestres et édicté des règles, de plus en plus nombreuses et de plus en plus strictes. On peut voir là le désir de «souder» les assemblées disséminées, de renforcer leur cohésion, mais c’est surtout l’orgueil propre à l’homme, son ambition de domination, qui étaient leurs motivations principales.

Corriger les erreurs

Mais Dieu a toujours veillé sur sa Parole et, dès le commencement aussi, il a suscité des hommes qui se sont élevés contre les déviances instaurées par ceux qui s’étaient ou que l’on avait institués chefs de l’Eglise, ou par les responsables de communautés. Jusqu’à la Réforme, ces hommes ne songeaient pas à quitter leur église, ils voulaient seulement que les erreurs soient corrigées. Mais pour avoir osé remettre en question les lois non scripturaires de leurs dirigeants spirituels, ils furent souvent persécutés, emprisonnés, torturés ou mis à mort.
Ils furent nombreux, ces hommes de foi, partout dans le monde, et il n’est pas de notre propos d’écrire leur histoire. Beaucoup d’ouvrages leur sont consacrés et nous nous bornerons ici à n’en citer que quelques-uns.

Des intentions parfois louables, mais…

Il est important d’avoir à l’esprit que dans les premiers temps du christianisme, on disposait seulement des livres de l’Ancien Testament et de quelques lettres écrites par les apôtres et des disciples, qui étaient lues en assemblée, ainsi que de leur enseignement oral. D’autre part, les populations non juives étaient idolâtres.
Dans le but d’amener plus facilement ces populations à la «nouvelle religion», l’église «officielle» fit donc placer dans les lieux de culte des images picturales ou des statues représentant le Christ, la vierge Marie (il y a toujours une femme nourricière parmi les dieux païens!) ou des saints de l’Eglise. C’était une manière de remplacer les idoles et ainsi de ne pas trop «dépayser» ceux que l’on voulait convertir! Et pour donner aux nouveaux convertis l’espoir de revoir des êtres chers qui n’avaient pas eu la possibilité de connaître la joie du salut avant leur décès, on offrit la possibilité de baptiser les morts! On instaura aussi une hiérarchie à qui les fidèles pouvaient se référer.
On pourrait croire que ces intentions étaient louables, mais en fait, elles résultaient du caractère mondain de l’homme, de son manque de confiance envers le Seigneur Jésus-Christ, seul chef de l’Eglise, et en l’Esprit Saint qu’Il met en chacun des siens et qui est la base de la foi.

Des communautés fidèles

De tout temps il exista des communautés qui résistèrent à la cléricalisation de l’Eglise, tant de l’Orient que de l’Occident, et qui s’opposèrent à l’union de l’Eglise et de l’Etat, la jugeant non scripturaire. A cause de leurs positions, elles furent persécutées, calomniées, jugées comme sectaires et hérétiques, leurs écrits furent presque totalement détruits, ce qui fait qu’on connaît peu de choses à leur sujet. On sait cependant qu’à mesure que s’accentuaient la mondanité et l’infi délité aux Ecritures des églises grecques, latines et arméniennes, ces groupes de chrétiens leur refusèrent le nom d’église, déclarant qu’une telle appellation ne cadrait pas avec leur union avec l’Etat, avec l’admission d’inconvertis dans leur milieu par le baptême des enfants, avec la participation de noncroyants à la Sainte Cène et avec d’autres erreurs qu’elles avaient introduites.

Dans les vastes régions de l’Asie Mineure, de l’Arménie, autour du mont Ararat et audelà de l’Euphrate, ces petites assemblées étaient nombreuses et prétendaient, à juste titre, être les descendantes des églises apostoliques. Leur manque d’organisation, l’absence de toute direction centrale, leur habitude de reconnaître l’indépendance de chaque congrégation ont produit une grande variété dans les différentes églises. Certains conducteurs éminents les visitaient et les fortifi aient en leur prêchant l’Evangile.

Des reliques et des images

La vénération des reliques commença très tôt dans l’histoire de l’Eglise. Hélène, mère de Constantin le Grand, ramena de Jérusalem du bois provenant soi-disant de la croix et des clous qui auraient servi à la crucifixion. Autour des reliques, on construisit des bâtiments dédiés à la Vierge ou à l’un des saints, où croyants et non-croyants se réunissaient pour les prier à la place de Dieu. Malgré tout, il resta des groupes de chrétiens fidèles à l’Evangile, mais ils étaient noyés dans la masse des gens égarés par le système idolâtre.

Certains groupes, tels les Pauliciens, s’élevèrent contre l’idolâtrie dominante et ce fut l’une des principales raisons de la violente persécution dirigée contre eux. Dans la région du Taurus, où ils abondaient, naquit Léon III qui devint empereur d’Orient. Il fut l’un des meilleurs et des plus capables empereurs byzantins. Constatant que l’idolâtrie et la superstition étaient parmi les principales causes des maux si évidents tant en Orient qu’en Occident, il décida de déraciner le mal. En 726, il publia son premier édit contre l’adoration des images et ordonna une campagne acharnée de leur destruction et de persécutions contre ceux qui en conservaient. Cette décision fut la cause d’un confl it de plus d’un siècle avec la hiérarchie de l’église catholique.

Cette question prit une place importante au concile de Francfort, convoqué et présidé par Charlemagne en 794. Les décisions du second concile de Nicée, qui avaient autorisé le service et l’adoration des images, furent abrogées. Défense fut faite d’adorer, de révérer ou de vénérer les images, d’allumer des cierges ou de brûler de l’encens devant elles, d’embrasser ces formes sans vie, même lorsqu’elles représentaient la Vierge et l’Enfant Jésus. On repoussa aussi l’assertion que Dieu ne pouvait être adoré qu’en trois langues, le latin, le grec et l’hébreu.

En 813, Louis, troisième fi ls de Charlemagne, lui succéda. Il nomma Claude, un Espagnol qui connaissait et aimait les Ecritures, évêque de Turin. Ce dernier profi ta des circonstances favorables et fi t enlever des églises de Turin toutes les images qu’il appelait des idoles, y compris les croix. Il enseigna également que l’offi ce apostolique de «Saint-Pierre» avait cessé avec sa vie et que l’évêque de Rome ne possédait le pouvoir apostolique que s’il menait une vie apostolique. Trente ans plus tard, l’impératrice de Byzance, Théodora, convoqua un concile et rétablit défi nitivement le culte des images.

René Neuenschwander