Moi je vous dis:
Aimez vos ennemis, (…)
faites du bien
à ceux qui vous détestent.
Mt 5.44
Peu d’hommes publics se sont illustrés en prêchant et vivant
ce verset. C’était le cas de Martin Luther King dont l’anniversaire
de la mort tragique, il y a 40 ans, était rappelé
par de nombreuses églises et œuvres évangéliques ce trimestre.
Au cours du temps, souvent, la chrétienté n’a pas
eu le discernement espéré pour reconnaître et soutenir les
causes justes. Heureusement, il nous reste quelques figures
célèbres qui se sont laissées guider justement par l’Esprit de
Dieu. Merci donc aux Martin Luther King (MLK), aux William
Wilberforce, aux «Justes» du Chambon-sur-Lignon, etc., auxquels
nous pouvons nous accrocher comme à un fil rouge
ténu, qui relie la chrétienté dans son histoire à l’Evangile.
Ce verset de Matthieu 5.44 est en exergue au chapitre 5
de son livre La force d’aimer. MLK y développe une vision
pratique et actuelle du sermon sur la montagne, avec une
détermination à chercher les solutions aux questions les
plus graves dans l’amour du prochain: «A nos adversaires
les plus farouches, nous disons: ‘A votre capacité d’infliger
la souffrance, nous opposons notre capacité d’endurer la
souffrance (…). Jetez-nous en prison, et nous vous aimerons
encore. Envoyez à minuit dans nos communautés vos cagoulards
perpétrer la violence et nous laisser à demi-morts,
et nous vous aimerons encore (…). Un jour, nous gagnerons
la liberté, mais pas pour nous seuls. Nous lancerons à vos
coeurs et à vos consciences un tel appel que nous vous
aurons gagnés en chemin et que notre victoire sera une
double victoire.’ L’amour est la puissance la plus durable
du monde.» Et ce paragraphe continue avec cette affi rmation:
«Jésus a raison éternellement.»
Les agressions mentionnées n’étaient pas hypothétiques,
elles étaient la vie des communautés noires en 1955.
Il y a un autre anniversaire, ce trimestre, que nous évoquons
plus loin dans ce journal, celui des 60 ans de l’Etat d’Israël.
Si l’on se réjouit du sens que doit avoir cet accomplissement
dans le plan divin, on regrette
tellement que cette vérité de Mt 5.44 soit si difficile à comprendre pour le peuple israélien.
Nous avons besoin de toute la révélation de
l’Evangile de Jésus-Christ pour saisir les intentions
profondes de notre Dieu
et pour comprendre et vivre ses
commandements.
La théologie de Martin Luther
King n’était peut-être pas des
plus orthodoxes (cela dit, les traces
que j’en ai trouvées étaient
toutes antérieures à 1955, date à
laquelle son ministère et sa foi se
sont particulièrement affirmés),
mais il était là où Dieu l’attendait,
dans ses paroles comme dans
ses actes publics.
Aujourd’hui, l’Eglise est malheureusement
plus souvent là où le
monde l’attend, dans la revendication
de ses prérogatives morales plutôt
que dans l’amour du prochain, sans parler de
l’amour de ceux qui nous détestent.
Car aimer ceux qui nous haïssent est un autre
exercice. Faut-il connaître l’injustice et l’oppression
pour y parvenir véritablement? Espérons
que non.
Tout en restant lucides sur les faiblesses de
cet homme attachant, nous pouvons nourrir
notre foi de ce qui en a fait un
témoin vivant de l’Evangile de
Jésus-Christ.
Aujourd’hui encore, sans aller
bien loin, les injustices sont assez
nombreuses autour de nous pour
que nous nous rappelions ce qu’il
écrivait et que nous l’appliquions,
même au risque d’avoir à aimer
un grand nombre de personnes
qui nous détestent…
Souvenez-vous de vos conducteurs
qui vous ont annoncé la parole
de Dieu. Considérez quel est
le bilan de leur vie et imitez leur
foi. Hé 13.7
Jean-Pierre Bezin
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