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L’Eglise, de Christ à la Réforme |
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Connivence entre Eglise et Etat Nous avons vu que les premières persécutions
des chrétiens furent le fait des juifs,
mais massivement, elles commencèrent
en l’an 68, lorsque l’empereur romain
Néron les accusa d’avoir incendié Rome,
acte qu’il avait ordonné lui-même dans sa
folie. Ces massacres étaient d’autant plus
«justifiés» pour les Romains qu’ils associaient
les chrétiens aux juifs qu’ils haïssaient.
Ces événements eurent deux effets pour
l’Eglise, l’un positif, l’autre négatif.
Les églises se multiplient
 Tertullien D’abord, les chrétiens persécutés durent
s’enfuir, se cacher. Mais contrairement
à ce que recherchaient leurs ennemis,
leur foi fut affermie toujours davantage. Il
était de coutume à l’époque que dans
chaque lieu où un fugitif était accueilli, il
fondait une église, enseignait quelques
nouveaux convertis selon ce qu’il avait
appris lui-même des apôtres ou de disciples
et, lorsqu’il jugeait le groupe apte
à être autonome, il partait plus loin et
recommençait l’évangélisation. Ainsi, les
assemblées chrétiennes se multiplièrent
dans tout l’empire romain et au-delà.
Il y eut bientôt une multitude de petites
églises, disséminées à travers le monde.
Au début, aucune église n’avait la prétention
de dominer sur d’autres. Tertullien, le
premier des écrivains chrétiens de langue
latine, écrivait: «La religion n’est pas appelée
à imposer la religion. C’est librement,
et non par force, qu’elle doit être
adoptée.» Mais progressivement vint la
volonté de s’unir pour être plus fort. Les assemblées nommèrent des évêques,
eux-mêmes soumis à des «métropolites»,
qui édictèrent des règles, et ce fut le début
des querelles doctrinales. Ceux qui se
ralliaient à une faction étaient considérés
comme hérétiques par ceux qui faisaient
partie d’une autre.
Partout, les assemblées grandissaient de
plus en plus, et il devenait impossible de
se réunir dans les maisons. On commença
alors à construire des lieux de culte.
Une communauté préservée
Fuyant les persécutions romaines, une
congrégation de chrétiens se réfugia
dans les montagnes du Piémont. Leur
isolement leur permit d’échapper aux influences
qui divisaient l’Eglise naissante.
Ceux qu’on nomma «Vaudois» contre
leur gré restèrent ainsi fidèles à la sobriété,
dans la pratique de la foi qui leur avait été
enseignée. Même lorsque 19.000 soldats romains tentèrent de les exterminer, ils fuirent
dans les hautes vallées, où ils échappèrent
au massacre projeté et restèrent fidèles à
l’autorité inviolable de l’Ecriture, se conformant
au christianisme originel, refusant toute
règle, et s’opposant plus tard aux pratiques
instaurées par l’Eglise de Rome. Ce bastion
évangélique perdure encore aujourd’hui.
L’Evangile en Orient
Persécutés dans tout l’empire romain, des
chrétiens furent accueillis en Syrie et en Perse.
Les «mages d’Orient» avaient sans doute
raconté ce qu’ils avaient vu à Bethléem et
les Parthes, les Mèdes, les Elamites et ceux qui
vivaient en Mésopotamie parlé de ce qu’ils
avaient entendu de Pierre et des miracles
auxquels ils avaient assisté le jour de la
Pentecôte à Jérusalem. Ils avaient apporté
l’Evangile dans les synagogues de l’Orient
dès les premiers jours.
Les églises se répandirent très rapidement et
furent préservées des influences que connurent
les églises occidentales, du fait des différences
de langues et des circonstances politiques.
On y observait les commandements du
Seigneur comme les avaient mis en pratique
les apôtres et les premiers disciples, respectant
la simplicité scripturaire, et on évangélisait
des régions toujours nouvelles.
Ces assemblées étaient indépendantes,
mais en relation les unes avec les autres. Lorsque
Papa ben Aggai proposa de fédérer les
églises d’Orient, la résistance fut grande, mais
il insista tant et si bien qu’il finit par être appelé
Catholikos et, en 498, le titre de Patriarche
d’Orient fut adopté. Une fois encore, les
hommes ne firent pas confiance à Jésus-
Christ comme unique chef de l’Eglise.
L’empereur romain
se convertit
Auparavant, en l’an 312, l’empereur
Constantin s’était converti au christianisme,
et ce fut la fin des persécutions à l’encontre
des chrétiens. Mais également le début de
la religion d’Etat, si néfaste à l’indépendance
de l’Eglise. L’empereur conservait en effet
ses prérogatives de souverain, mais en plus il
s’était octroyé le rôle d’arbitre lors des conflits
au sein de l’Eglise.
Autre conséquence de cette décision impériale,
les chrétiens d’Orient furent suspectés
de sympathie envers l’empire rival qui était
haï, et bientôt commença envers eux une
violente persécution. Elle dura jusqu’en 399,
lorsque Yezdegerd 1er monta sur le trône persan.
L’empereur romain lui envoya l’évêque
Maruta, muni d’une lettre signée des évêques
occidentaux, pour plaider en faveur
des croyants. Il fut un habile diplomate et
obtint l’autorisation de convoquer un concile
à Séleucie en 410. Lors de ce concile, Isaak,
qui avait été établi Métropolitain-Primat de
Séleucie-Ctésiphon, fut présenté comme
«Chef des chrétiens». Maruta présenta au
roi une lettre contenant un certain nombre
de réclamations. Elle fut lue aux évêques et
approuvée par eux et le roi. Après les grandes
tribulations qu’ils venaient de traverser,
les chrétiens persans étaient disposés à faire
des concessions à ceux qui leur apportaient
la paix. Le souverain donna alors aux assemblées
«la liberté de glorifier Christ hardiment
dans leur corps, soit dans la vie, soit dans la
mort». Il ordonna aussi que tous les temples
détruits par ses ancêtres soient restaurés ou
rebâtis. Dès lors, les chrétiens d’Orient jouirent
d’une grande liberté de culte.
L’Eglise romaine
gagne en puissance
Avec le soutien des souverains d’Orient et
d’Occident, l’Eglise de Rome devint une
grande puissance. Elle se hiérarchisa selon
le modèle séculier, édicta toujours davantage
de règles à respecter. Pour «faciliter» la
conversion des païens, qui adoraient des idoles
de pierre ou de bois, des statues et autres
décorations furent placées dans les églises.
L’Eglise de Rome allait encore étendre son
pouvoir lors de la fondation des nouveaux
royaumes et empires, et devenir elle-même
un véritable empire. Souverains et peuples furent
convertis souvent par la force ou la menace
de l’enfer et de la damnation.
Mais Dieu a constamment veillé sur la pureté
de Son Eglise et le respect de Sa Parole. Pour
cela, Il a suscité des hommes qui ont combattu
les déviances, souvent au prix de grandes
souffrances et, parfois, de leur vie.
René Neuenschwander
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