Home arrow BibleInfo arrow Numéros précédents arrow Printemps 2008 arrow L’Eglise, de Christ à la Réforme
Le salut soumis à condition Version imprimable Suggérer par mail
Dès les premiers temps, l’Eglise a éprouvé le besoin de se hiérarchiser selon le modèle du monde. C’était là une réaction purement humaine. Le clergé édicta donc des règles à respecter pour obtenir le salut, règles tant rituelles que pécuniaires! Cela permettait de renforcer le pouvoir des dirigeants sur le peuple et aussi sur les chefs politiques lorsque le christianisme est devenu religion d’Etat. On oubliait déjà ce que Paul et Silas avaient affirmé à leur geôlier en Actes 16.31: «Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et ta famille» et les dernières paroles du Christ: «Tout est accompli» (Jean 19.30).

L’Eglise catholique domine

Avant même l’époque de Constantin, l’Eglise «officielle» était nommée «catholique », ce qui signifie «universelle». Très tôt, le clergé proclama qu’hors de l’Eglise catholique, il n’y avait point de salut. On a tendance à penser que durant les premiers siècles, il n’existait qu’une seule Eglise unie, l’Eglise catholique, qui constitua une abondante littérature et détruisit celle des autres églises. Mais plusieurs groupes étaient actifs, dont on ne connaît l’existence que par les écrits catholiques les dénonçant.
Au sein de l’Eglise officielle, des hommes s’élevèrent pourtant contre les erreurs doctrinales qui étaient enseignées et propagées, sans pour autant vouloir se détacher de leur communauté et renier leur appartenance.

Montanus en Phrygie

Ayant constaté que la mondanité dans l’Eglise allait croissante et que l’érudition des chefs se substituait à la puissance spirituelle, beaucoup de chrétiens commencèrent à protester contre le relâchement manifeste dans les relations de l’Eglise avec le monde. En Phrygie, Montanus et d’autres avec lui aspiraient à fonder des congrégations animées de la piété des premiers jours de l’Eglise, attendant l’imminent retour du Seigneur. Ils demandaient des preuves bien nettes de christianisme de ceux qui voulaient les rejoindre, contrairement à l’Eglise catholique qui désirait faire le plus grand nombre possible d’adhérents et exigeait que les évêques exercent sur eux une domination toujours plus stricte. Les «Montanistes», comme on les nommait, désiraient au contraire que la direction des églises soit la prérogative du Saint- Esprit. En Occident, ils subsistèrent longtemps comme sociétés faisant partie de l’Eglise catholique, avant de la quitter ou d’en être exclus.
Au début du IIIe siècle, Tertullien, conducteur des églises africaines et auteur éminent, s’attacha aux Montanistes et se sépara de l’Eglise catholique. Il écrivait: «La présence de trois croyants, même laïques, constitue déjà une église.»

Origène à Alexandrie

Origène, un des plus éminents pères de l’Eglise, rendit un témoignage net au caractère spirituel de l’Eglise, tant par son enseignement que par sa spiritualité. Né en 185, il fut instruit dans les Saintes Ecritures d’abord par son père, le sage Léonidas. Ce dernier fut emprisonné pour sa foi puis mis à mort et ses biens confisqués. Origène avait un peu plus de 17 ans lorsqu’il devint le principal soutien de sa mère et de ses six jeunes frères et sœurs. Ses capacités exceptionnelles dans l’enseignement de la Parole ne tardèrent pas à le faire connaître. Il eut à souffrir de sa bonté envers les chrétiens persécutés et se réfugia pour un temps en Palestine où, par son érudition et ses écrits, il attira l’attention des évêques qui venaient en simples étudiants écouter ses exposés des Saintes Ecritures. Démétrius, évêque d’Alexandrie, s’indigna de cette situation d’un laïque instruisant des hommes d’église, le rappela à Alexandrie et finit par l’excommunier en 231. Par la profondeur et la clarté de son enseignement, Origène sut gagner les cœurs d’hommes qui lui restèrent loyalement attachés et continuèrent son enseignement après sa mort en 254, suite aux tortures qu’il avait subies cinq ans auparavant à Tyr, lors des persécutions sous Decius. Origène définissait l’Eglise comme réunissant tous ceux qui avaient expérimenté dans leur vie la puissance de l’Evangile éternel. Il fut de ce fait souvent regardé comme hérétique dans son enseignement. Pourtant, il distinguait entre les choses qui doivent être clairement et dogmatiquement démontrées et celles qu’il convient d’avancer avec prudence pour les examiner de près. Les Hexaples, qui aident à mieux comprendre les Ecritures, constituent un de ses grands ouvrages.

Mouvements se rattachant à Novatien

Un point agita beaucoup les églises durant la période des persécutions, à savoir si l’on devait admettre comme membre de l’Eglise les personnes qui, depuis leur baptême, étaient retournées aux sacrifices idolâtres. Un évêque, nommé Fabien, qui avait consacré Novatien et souffert le martyre à Rome, eut pour successeur un certain Cornélius qui consentit à recevoir les apostats. Une minorité, en désaccord avec lui, choisit Novatien comme évêque, et il accepta cette élection.
Lui et ses partisans furent excommuniés par un synode réuni à Rome en 251, mais ses adeptes continuèrent à se répandre largement, même après qu’il eut subi le martyre. Ils ne reconnaissaient plus les églises catholiques et estimaient ses sacrements comme dépourvus de valeur.
Les donatistes de l’Afrique du Nord, qui se nommaient ainsi d’après deux hommes éminents parmi eux, tous deux appelés Donatus, furent infl uencés par l’enseignement de Novatien. Ils divergèrent de l’Eglise catholique sur des points de discipline, en insistant sur le caractère de ceux qui administraient les sacrements, tandis que les catholiques considéraient les sacrements mêmes comme plus importants. Dans certaines parties de l’Afrique du Nord, ces chrétiens furent numériquement en tête des différentes branches de l’Eglise. Tout écart du modèle initial tracé pour les églises dans le Nouveau Testament rencontra dès le début une vive résistance et amena parfois la formation de groupes de croyants rejetant ces écarts et espérant être le moyen de la restauration de l’ensemble. Certains furent exclus, d’autres quittèrent leurs églises pour former de nouvelles congrégations qui adhéraient à la doctrine apostolique et revendiquaient une succession ininterrompue de témoins depuis les premiers jours de l’Eglise. Avant et après Constantin, ces mouvements furent souvent appelés «Cathares», qui signifi e «purs».
René Neuenschwander